Versos French Albert Samain Chanson violette

French poem

Chanson violette

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Et ce soir-là, je ne sais, Ma douce, à quoi tu pensais,  Toute triste, Et voilée en ta pâleur, Au bord de l’étang couleur  D’améthyste.

Tes yeux ne me voyaient point ; Ils étaient enfuis loin, loin  De la terre ; Et je sentais, malgré toi, Que tu marchais près de moi,  Solitaire.

Le bois était triste aussi, Et du feuillage obscurci,  Goutte à goutte, La tristesse de la nuit, Dans nos cœurs noyés d’ennui,  Tombait toute…

Dans la brume un cor sonna ; Ton âme alors frissonna,  Et, sans crise, Ton cœur défaillit, mourant, Comme un flacon odorant  Qui se brise.

Et, lentement, de tes yeux De grands pleurs silencieux,  Taciturnes, Tombèrent comme le flot Qui tombe, éternel sanglot,  Dans les urnes.

Nous revînmes à pas lents. Les crapauds chantaient, dolents,  Sous l’eau morte ; Et j’avais le cœur en deuil, En t’embrassant sur le seuil  De ta porte.

Depuis, je n’ai point cherché Le secret encor caché  De ta peine… Il est des soirs de rancœur Où la fontaine du cœur  Est si pleine !

Fleur sauvage entre les fleurs, Va, garde au fond de tes pleurs  Ton mystère ; Il faut au lis de l’amour L’eau des yeux pour vivre un jour  Sur la terre.