Versos French Albert Samain Dans la salle aux tiédeurs…

French poem

Dans la salle aux tiédeurs…

by

Listen in the reader

Dans la salle aux tiédeurs féminines d’église Où le Mourir des fleurs lentes se subtilise, De larges fleurs berçant dans l’air triste du soir Leurs coupes de velours lourdes de nonchaloir, Éparses dans le sombre en blancheurs indécises Des femmes aux grands airs indolents sont assises, Qu’on dirait d’un pays et d’un temps très lointains, Des femmes pâles dans des vagues de satins.

Et ces Dames ce sont mes intimes Pensées En silence par les fleurs larges encensées, Et qui, de leurs beaux yeux qu’éclaire à son reflet Le rêve intérieur sous leurs longs cils voilé, Regardent sur le parc au faste séculaire S’effeuiller en lys bleus l’heure crépusculaire. Immobiles, les mains vagues, le col penchant, Elles rêvent, le cœur vers le soleil couchant Qui, s’épuisant encore en caresses subtiles, Traîne un rayon mourant dans leurs yeux immobiles Et semble à leurs pâleurs fragiles prodiguer La câline douceur d’un adieu fatigué. Or de ces Dames, l’une a nom Mélancolie, L’autre Amertume, l’autre Espérance-Abolie, Puis encor Souvenir, Exil, Renoncement, Volupté, Lassitude et Découragement. À leur souffle si faible, à leur mourante haleine Le miroir le plus pur se ternirait à peine, Et si fluides sous leurs longs cheveux flottants, Et telles, on dirait, les filles de l’Étang, De l’Étang qui reflète en son cœur monotone Les somptuosités tristes des soirs d’automne. La plus fière, rigide en ses brocarts lamés, A nom Indifférence et ses yeux sont fermés !

L’ombre à flots vaporeux baigne les troncs des arbres, Les eaux, les jardins bleus où s’érigent les marbres ; Et les roses dans les grands vases florentins Versent un lourd vertige aux horizons lointains. Mais de l’Occident riche où la lumière sombre Ce qui s’exhale est triste à l’infini dans l’ombre ; Et les femmes penchant leur peine sur les fleurs Dans l’âme des parfums respirent leurs douleurs Et sentent dans leur cœur opprimé par la terre Descendre comme un grand désespoir solitaire… C’est dans la salle triste et dans le soir navré Un long sanglot montant comme un Miserere.

Or, voici s’élever, là-bas, vers la rivière La sonore chanson des bonnes Lavandières Qui reviennent, parmi des rires ingénus, Saines, le baiser frais des eaux à leurs bras nus, Contentes du labeur utile des Journées Et soumises dans leur simplesse aux Destinées. Leur chant robuste verse, en larges accords purs, Un flot vivant de joie et d’aise aux champs obscurs ; Et rien qu’en l’entendant, là-bas, les mornes femmes Sous le satin splendide ont eu froid dans leurs âmes Et, le cœur traversé du grand frisson humain, Ont crié vers la vie, en meurtrissant leur sein.