French poem
Sentier
by Albert Tinchant (1860–1892)
Là-bas, dans l’étroite ravine, Entre deux touffes d’églantier, Plein de mousse et de fleurs, chemine Un sentier.
Ombreux, car les grandes ramures, Cachant des nids sous leurs arceaux, Frissonnent le soir aux murmures Des ruisseaux.
Étroit, car les petites filles, Le matin, dans leur blanc jupon, N’y passent pas sous les charmilles Deux de front.
À l’entrée, une roche sombre Que le lichen couvre à demi, Repose, comme un chien dans l’ombre Endormi.
Par là s’en vont les chèvres blanches, Vers les prés, au son argentin De leurs clochettes, sous les branches, Le matin.
Par là, dans les nuits étoilées, Errent des couples enlacés, Berçant leurs idylles voilées De baisers.
Quand l’Aurore quitte sa couche, Là passe le cerf aux abois, Fuyant le hallali farouche, Dans les bois.
Comme eux, j’aimais ta solitude, Petit sentier, tu le sais bien ; Et de toi mon cœur, dans l’étude, Se souvient.