French poem
L’écolier
by Alcide de Beauchesne (1800–1873)
La victoire était sa compagne, Et le globe de Charlemagne Était trop léger pour sa main. « À genoux ! à genoux ! au milieu de la classe ! L’enfant mutin ! Dont l’esprit est de feu pour l’algèbre, et de glace Pour le latin ! »
Ainsi parlait le maître à l’élève indocile, Car l’écolier Était du petit nombre ardent et difficile À se plier.
Enthousiaste et fier, comme on l’est à son âge Dans le midi, Ses yeux noirs éclairaient d’une lueur sauvage Son front hardi.
Loin de ses compagnons, dans les heures de trêve, Pensif et seul, Aux beaux jours, il s’en va s’asseoir avec son rêve Sous un tilleul.
Car aux plaisirs bruyans on dirait qu’il préfère Le noir chagrin ; Et son maître a songé parfois qu’il pourrait faire Un bon marin.
L’hiver, c’est la saison qu’il aime ! que de charmes N’a-t-elle pas Quand le ciel aux enfans semble jeter des armes Pour leurs combats !
Alors ce sont des forts, des redoutes de neige, Un grand château ; Puis un mouchoir flottant, qui couronne le siége Comme un drapeau !
Et puis des boulets blancs dont la grêle foudroie Les flancs pressés ; Puis les cris triomphans des soldats, et leur joie S’ils sont blessés !
Géographe apprenti, quelquefois il s’amuse À situer Les vieux empires peints sur des cartons qu’il use À remuer.
Un jour que, s’essayant sur la route inconnue Qu’il mesura, Montgolfier triomphant s’envolait dans la nue, L’enfant pleura.
Oh ! que ne planait-il ainsi loin de la terre, Fier et pareil À l’oiseau souverain qui s’en va solitaire Droit au soleil !
D’où vient donc cette flamme à cette jeune tête Et ce frisson, Quand il sent, indigné, qu’une chaîne l’arrête Dans sa prison ?
D’où lui vient ce mépris des études vulgaires ? Et dans son cœur, Ce tourment où se mêle avec des bruits de guerre Un cri vainqueur ?
A-t-il donc par un coin soulevé le grand voile De l’avenir ? Et d’un secret de gloire entend-il une étoile L’entretenir ?
Non ; il pense à son père, à son île captive, À son ciel pur, À ses rivages nus où se roule plaintive La mer d’azur.
Il songe à son rocher qu’il aime mieux qu’un monde, À son berceau, Que le ciel a placé tremblant au bord de l’onde Comme un roseau.
Puis il se dit : — Je veux épouser une fille D’Ajaccio : L’été, j’établirai ma petite famille À Vecchio.
Que nous serons heureux dans notre maison blanche, Aux gazons verts, Qu’indique au gondolier le palmier qui se penche Au bord des mers !
C’est là que je mourrai, comme ceux de ma race ! Car, ignoré, J’aurai passé dans l’ombre, et sans laisser ma trace Je m’en irai !!!
Alors au fond de l’ame il sentait la tempête Qui s’élevait ! Il l’écoutait, croisait les bras, baissait la tête Puis il rêvait…
Rêvait-il qu’il faudrait par front un diadème Dans sa maison, Et qu’on l’appellerait de son nom de baptême Napoléon !
« À genoux ! à genoux ! au milieu de la classe ! L’enfant mutin ! Dont l’esprit est de feu pour l’algèbre, et de glace Pour le latin ! »