French poem
Épître de M. A. J. Guirot
by Alexandre Latil (1814–1851)
Épître de M. A. Guirot À M. Alexandre Latil
Le papillon, l’aigle et le léger rossignol, Et la femme et la fleur : tous, par un même vol, Retournent à celui qui d’un souffle suprême Les avait animés, et les éteint de même. (Alexandre Latil) I
Eh quoi ! briser ta plume, Quand le champagne fume, Que sa brillante écume Pétille nuit et jour ! Et qu’un baiser d’Hélène, Glissant de veine en veine, Nous verse son haleine Et l’ivresse et l’amour
!
Quand Inès la gentille Jette au loin sa mantille, Alors que du quadrille A retenti la voix, Et que, vierge pudique Ou Péri fantastique, Son corset élastique Frissonne sous nos doigts !
Quoi ! suspendre ta lyre, Enfant,,, ! Ne plus écrire ! D’un stérile délire, Quoi ! supporter l’affront ! Et, poète Créole, Insoucieux, frivole, Dédaigner l’auréole Qui doit parer ton front !
J’oubliais, ô pardonne, Que sur ton front rayonne La mystique couronne Emblême du malheur ! Et que la douce flamme Du regard d’une femme N’arrachait de ton âme Que des chants de douleur !
À ces lueurs lointaines De faveurs incertaines, Aux vanités humaines, N’as-tu point dit adieu ? La vie est éphémère, La gloire est une chimère, L’homme n’est que poussière, L’éternité…..c’est Dieu !
II
Comme un ruisseau qui coule, Ou le torrent qui roule, Ainsi se perd la foule Au sein d’une autre m er, Immensité profonde, Où l’écho, lorsqu’il gronde, N’éveille de ce monde Qu’un souvenir amer !
La femme blanche et rose, L’orphelin qui repose, Et la fleur fraîche éclose Ont-ils un lendemain ? Que l’homme doute ou croie, La mort en fait sa proie, Le torture et le broie De sa hideuse main !
Géants que créa l’homme, Tyr, Babylone et Rome, Vous avez donc fui comme Un lumineux éclair ! L’orgueilleux, quoiqu’il fasse, Ici-bas lorsqu’il passe, Laisse hélas ! moins de trace Que l’oiseau qui fend l’air !
Culte, rang, diadème, Peuples, lois, vertu même, Il est un jour suprême, Hélas ! où tout finit ; Jour où Rome la fière Courbant sa tête altière, S’endort dans sa poussière De marbre et de granit !
Mais il est une flamme Immortelle, c’est l’âme ! Lorsque Dieu la réclame, Elle monte, elle va, Roulant de sphère en sphère, Dans des flots de lumière, Vaporeuse et légère S’unir à Jéhova !