French poem
À Lydie (imitation)
by Alfred de Musset (1810–1857)
Du temps où tu m’aimais, Lydie, De ses bras nul autre que moi N’entourait ta gorge arrondie ; J’ai vécu plus heureux qu’un roi. Du temps où j’étais ta maîtresse, Tu me préférais à Chloé ; Je m’endormais à ton côté Plus heureuse qu’une déesse. Chloé me gouverne à présent, Savante au luth, habile au chant ; La douceur de sa voix m’enivre. Je suis prêt à cesser de vivre S’il fallait lui donner mon sang. Je me consume maintenant Pour Calaïs, mon jeune amant, Qui dans mon cœur a pris ta place. Je mourrais deux fois, cher Horace, S’il fallait lui donner mon sang. Eh quoi ! si dans notre pensée L’ancien amour se ranimait ? Si ma blonde était délaissée ? Si demain Vénus offensée À ta porte me ramenait ? Calais est jeune et fidèle, Et toi, poëte, ton désir Est plus léger que l’hirondelle, Plus inconstant que le zéphyr ; Pourtant, s’il t’en prenait envie, Avec toi j’aimerais la vie, Avec toi je voudrais mourir.