French poem
Stances sur le costume pompadour de miss
by Alfred de Musset (1810–1857)
Voltaire, ombre auguste et suprême ! Roi des madrigaux a la crème, Du vermillon et des paniers ! Assis aux pieds de ta statue, Je me disais « Qu’est devenue Cette perruque à trois lauriers ?
Ô Corisandres ! me disais-je, Mouches que, sur un sein de neige, L’abbé posait du bout du doigt ! Bonnes marquises, nos aïeules, Qui, sans être par trop bégueules, Rendiez à Dieu ce qu’on lui doit !
Et vous, héros frappés du foudre, Hélas ! — Et deux règnes de poudre, En un demi-siècle effacés !… » Quand l’autre soir, dans une fête, Mon regard tout à coup s’arrête Sur un minois des temps passés !
Mais ce n’était point, ô Voltaire ! Une mouche de douairière Qui ravive un œil défaillant ! C’était la plus discrète mouche Qui pût effleurer une bouche Plus rose que le lis n’est blanc.
Fine mouche, comme on peut croire, Qui, pour poser son aile noire, Entre les roses du jardin, Avait choisi, comme l’abeille, La plus fraîche et la plus vermeille De toutes celles du matin.
Reste donc, mouche bienheureuse. Si cette abeille voyageuse, Qui, volant jadis, nous dit-on, Entre les bosquets de la Grèce, Vint chatouiller la lèvre épaisse Du grand philosophe Platon,
Eût trouvé, dans l’ombre mi-close, Cette fleur aux feuilles de rose, Qu’eût-elle fait que s’arrêter Sur cette perle d’Angleterre, Lèvres que le ciel n’a pu faire Que pour sourire ou pour chanter ?