Versos French Alfred Jarry Le Chaînier

French poem

Le Chaînier

by (1873–1907)

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En veste rouge de bourreau, De Paris jusqu’à Montcreau Il a posé la chaîne neuve Au fond de tout le lit du fleuve Sur les courants cadenassés Convois sur convois sont passés : Voici que depuis vingt années Le toueur aux deux cheminées Maille à maille et par échelon Rampe et ferraille et grince au long.

Patron d’un pont de cœurs de chênes, Avec un balai de bouleau, D’un doux geste de fil de l’eau Il pousse en tas les vieilles chaînes. Dans la rouille de sang et d’or L’automne du fer mort s’endort En boule comme des cloportes, Tel l’octobre des feuilles mortes.

Vieux chaînier, au pied de ton lit L’étau bâille sur l’établi. N’est-ce aux ronflements de ta gorge Qu’étincelle le feu de forge Mieux qu’au vent du soufflet bouffant Dont la grande ouïe à sec respire ? La cuisine du vieil enfant, En tout : le gril, la poêle à frire, Joue à taquiner cet enfer, Le feu de forge où cuit le fer.

Fer lépreux, cliquette ta joie ! Du chaînier amarré là-bas Le branle de tous les sabbats Au ciel morne monte et rougeoie. Si le marin n’a point perdu Son âme dès un temps indu, C’est qu’il ne sait plus bien lui-même Ce qu’il a fait du chiffon blême, L’arrimant sans doute, ayant bu, Au fin fond des fers de rebut.

Le bon toueur exempt de haines, Le toueur égrène en faveur Dü vieux marin, damné buveur, Du marin martelant ses chaînes Qui dit aux spectres : « Ferraillons ! » Son chapelet sur les maillons.