French poem
Jehovah, ou l’idée de Dieu
Sinaï ! Sinaï ! quelle nuit pour ta cime ! Quels éclairs, sur tes flancs, éblouissent les yeux !
Roulent en plis sanglants leurs vagues dans tes cieux.
Un homme, un homme seul gravit tes flancs qui grondent. En vain tes mille échos tonnent et se répondent : Ses regards assurés ne se détournent pas ! Tout un peuple éperdu le regarde d’en bas. Jusqu’aux lieux où ta cime et le ciel se confondent, Il monte, et la tempête enveloppe ses pas.
Sous ce rideau brûlant qui le voile et l’éclaire, Moïse a seul, vivant, osé s’ensevelir. Quel regard sondera ce terrible mystère ? Entre l’homme et le feu que va-t-il s’accomplir ? Dissipez, vains mortels, l’effroi qui vous atterre ! C’est Jéhovah qui sort ! Il descend au milieu
C’est Dieu qui se choisit son peuple sur la terre, C’est un peuple à genoux qui reconnaît son Dieu !
Et de quoi parlez-vous, marbres, bronzes, portiques, Colonnes de Palmyre ou de Persépolis, Panthéons sous la cendre ou l’onde ensevelis, Si vides maintenant, autrefois si remplis ? Et vous, dont nous cherchons les lettres symboliques, D’un passé sans mémoire incertaines reliques, Mystères d’un vieux monde en mystères écrits ? Et vous, temples debout, superbes basiliques, Dont un souffle divin anime les parvis ?
Vous me parlez des dieux ! des dieux, des dieux encore Chaque autel en porte un, qu’un saint délire adore, Holocauste éternel que tout lieu semble offrir. L’homme et les éléments, pleins de ce seul mystère, N’ont eu qu’une pensée, une œuvre sur la terre :
Mais si l’homme, occupé de cette œuvre suprême, Épuise toute langue à nommer le seul Grand, Ah ! combien la nature, en son silence même, Le nomme mieux encore au cœur qui le comprend ! Voulez-vous, ô mortels, que ce Dieu se proclame ? Foulez aux pieds la cendre où dort le Panthéon, Et le livre où l’orgueil épèle en vain son nom ! De l’astre du matin le plus pâle rayon Sur ce divin mystère éclaire plus votre âme, Que la lampe au jour faux qui veille avec Platon.
Montez sur ces hauteurs d’où les fleuves descendent, Et dont les mers d’azur baignent les pieds dorés, À l’heure où les rayons sur leurs pentes s’étendent, Comme un filet trempé ruisselant sur les prés. Quand tout autour de nous sera splendeur et joie, Quand les tièdes réseaux des heures de midi, En vous enveloppant comme un manteau de soie, Feront épanouir votre sang attiédi ;
Quand la terre, exhalant son âme balsamique, De son parfum vital enivrera vos sens,
Et que l’insecte même, entonnant son cantique, Bourdonnera d’amour sur les bourgeons naissants ;
Quand vos regards, noyés dans la vague atmosphère, Ainsi que le dauphin dans son azur natal, Flotteront incertains entre l’onde et la terre, Et des cieux de saphir et des mers de cristal,
Écoutez dans vos sens, écoutez dans votre âme, Et dans le pur rayon qui d’en haut vous a lui ; Et dites si le nom que cet hymne proclame N’est pas aussi vivant, aussi divin que lui ?