Versos French Alphonse de Lamartine Le Moulin de Milly

French poem

Le Moulin de Milly

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Le chaume et la mousse Verdissent le toit ; La colombe y glousse, L’hirondelle y boit ; Le bras d’un platane Et le lierre épais Couvrent la cabane D’une ombre de paix.

Ma sœur, que de charmes !… Et devant cela Tu n’as que des larmes ? — Ah ! s’il était là !…

Une verte pente Trace les sentiers Du flot qui serpente Sous les noisetiers ; L’écluse champêtre L’arrête au niveau, Et de la fenêtre La main touche l’eau.

Ma sœur, que de charmes !… Et devant cela Tu n’as que des larmes ? — Ah ! s’il était là !

Le soir, qui s’épanche D’en haut sur les prés, Du coteau qui penche Descend par degrés ; Sur le vert plus sombre, Chaque arbre à son tour Couche sa grande ombre À la fin du jour.

Ma sœur, que de charmes !… Et devant cela Tu n’as que des larmes ? — Ah ! s’il était là !

De sa sombre base Le blanc peuplier Élève son vase Au ciel sans plier. De sa flèche il plonge Dans l’éther bruni, Comme un divin songe Monte à l’Infini.

Ma sœur, que de charmes !… Et devant cela Tu n’as que des larmes ? — Ah ! s’il était là !

La rosée en pluie Brille à tout rameau ; Le rayon essuie La poussière d’eau ; Le vent, qui secoue Les vergers flottants, Fait sur notre joue Neiger le printemps.

Ma sœur, que de charmes !… Et devant cela Tu n’as que des larmes ? — Ah ! s’il était là !

Sous la feuille morte Le brun rossignol Niche vers la porte, Au niveau du sol ;

L’enfant qui se penche Voit dans le jasmin Ses œufs sur la branche, Et retient sa main.

Ma sœur, que de charmes !… Et devant cela Tu n’as que des larmes ? — Ah ! s’il était là !

L’onde qui s’élance, Égale et sans fin, Fait battre en cadence Le pont du moulin ; À chaque mesure, On croit écouter Sous cette nature Un cœur palpiter.

Ma sœur, que de charmes !… Et devant cela Tu n’as que des larmes ? — Ah ! s’il était là !