French poem
08 (Et les flots prisonniers…)
by Anaïs Ségalas (1811–1895)
Et les flots prisonniers S’endorment sur le bord de ses blancs escaliers. — Alfred de Musset. —
Moi j’erre comme le nuage. — Édouard d’Anglemont. — Adieu, la magique ville, Caprice de l’univers ; Venise, flotte immobile, Venise, perle des mers ! Adieu, tes flots qui soupirent, Tes chants amoureux du soir, Et tes palais qui s’admirent Dans un onduleux miroir !
Ô toi, madone céleste, Que nous prions à genoux, Garde-moi pure et modeste Ma Nice aux regards si doux. Un mot, un désir de plaire, Flétrirait son cœur brûlant, Comme une tache légère Peut salir ton voile blanc.
La nuit, sur l’onde assouplie, Nos sermens, faits par milliers, Unissaient leur harmonie Aux chansons des gondoliers ; Et j’aimais le bateau frêle Plus qu’un palais éclatant, Quand Venise calme et belle Dormait sur son lit flottant.
Adieu donc, ma ville reine, Ville au pavé de cristal ; Déjà la voile m’entraîne Loin de mon pays natal. Venise, au loin, dans l’espace, Me semble à peine un vaisseau, Puis un cygne, et puis s’efface En plongeant son front dans l’eau.
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