French poem
Le Vénusberg
by Anatole France (1844–1924)
« J’ai brûlé mes draps d’or et ma viole aussi. Tandis que le brasier du repentir m’éclaire, Je vais auprès du Pape avoir de lui merci.
« Ô Saint-Père le Pape, écoutez sans colère Par quels rares péchés, suaves aux démons, J’osai, loin de Jésus, grandement lui déplaire.
« Dans le burg enchanté, sur le plus haut des monts, Chez la belle Vénus, j’ai vécu sept années. Absolvez-moi, de par Jésus que nous aimons. «
La crosse du Saint-Père en ses mains étonnées Trembla : « Quand cette crosse aura feuilles et fleurs, Les fautes que tu fis te seront pardonnées. »
Alors le chevalier s’en alla tout en pleurs : « Puisque je ne puis plus, ô madame la Vierge, Espérer, dans le ciel, de porter vos couleurs,
« Ni de brûler pour vous, luisant comme un beau cierge, Je retourne à jamais dans le burg enchanté, Afin que la Vénus, tendre dame, m’héberge. »
— « J’ai joie à vous revoir ; grand’joie en vérité ; Chevalier, seyez-vous et buvez, je vous prie. Je vous ai, Tannhæser, bien longtemps regretté. »
Or, le troisième jour, la crosse étant fleurie, Le Saint-Père envoya des courriers promptement, Pour chercher Tannhæser, par mont, val et prairie,
Tannhæser, chez Vénus, buvait le vin charmant ; Il y doit composer de longs épithalames, Jusqu’à l’appel de l’Ange, au jour du Jugement.
Il ne faut pas ainsi désespérer les âmes : Si ceux-là sont damnés, qui furent amateurs Du parler clair et du clair sourire des dames,
Hélas ! le Paradis n’aura plus de chanteurs.