Versos French André Chénier Élégie, XXVI

French poem

Élégie, XXVI

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S’ILS n’ont point le bonheur, en est-il sur la terre ! Quel mortel, inhabile à la félicité, Regrettera jamais sa triste liberté, Si jamais des amans il a connu les chaînes ? Leurs plaisirs sont bien doux et douces sont leurs peines. S’ils n’ont point ces trésors que l’on nomme des biens, Ils ont les soins touchans, les secrets entretiens ; Des regards, des soupirs la voix tendre et divine, Et des mots caressans la mollesse enfantine. Auprès d’eux tout est beau, tout pour eux s’attendrit. Le ciel rit à la terre, et la terre fleurit. Aréthuse serpente et plus pure et plus belle ; Une douleur plus tendre anime Philomèle. Flore embaume les airs ; ils n’ont que de beaux cieux. Aux plus arides bords Tempé rit à leurs yeux. À leurs yeux tout est pur comme leur ame est pure ; Leur asile est plus beau que toute la nature. La grotte, favorable à leurs embrassemens, D’âge en âge est un temple honoré des amans. Ô ! rives du Pénée, antres, vallons, prairies, Lieux qu’amour a peuplés d’antiques rêveries ; Vous bosquets d’Anio, vous ombrages fleuris, Dont l’épaisseur fut chère aux nymphes du Lyris ; Toi surtout, ô Vaucluse, ô retraite charmante ! Ô ! que j’aille y languir aux bras de mon amante ; De baisers, de rameaux, de guirlandes lié, Oubliant tout le monde, et du monde oublié. Ah ! que ceux qui, plaignant l’amoureuse souffrance, N’ont connu qu’une oisive et morne indifférence, En bonheur, en plaisir pensent m’avoir vaincu : Ils n’ont fait qu’exister, l’amant seul a vécu.