French poem
La Nymphe l’aperçoit
.................... La nymphe l’aperçoit, et l’arrête, et soupire. Vers un banc de gazon, tremblante, elle l’attire ; Elle s’assied. Il vient, timide avec candeur, Ému d’un peu d’orgueil, de joie et de pudeur. Les deux mains de la nymphe errent à l’aventure. L’une, sur son front blanc, va de sa chevelure Former les blonds anneaux. L’autre de son menton Caresse lentement le mol et doux coton.
« Approche, bel enfant, approche, lui dit-elle, Toi si jeune et si beau, près de moi jeune et belle. Viens, ô mon bel ami, viens, assieds-toi sur moi. Dis, quel âge, mon fils, s’est écoulé pour toi ? Aux combats du gymnase as-tu quelque victoire ? Aujourd’hui, m’a-t-on dit, tes compagnons de gloire, Trop heureux ! te pressaient entre leurs bras glissants, Et l’olive a coulé sur tes membres luisants. Tu baisses tes yeux noirs ? Bienheureuse la mère Qui t’a formé si beau, qui t’a nourri pour plaire ! Tu souris ? tu rougis ? Que ta joue est brillante ! Que ta bouche est vermeille et ta peau transparente ! N’es-tu pas Hyacinthe au blond Phœbus si cher ? Ou ce jeune Troyen ami de Jupiter ?
Ou celui qui, naissant pour plus d’une immortelle, Entr’ouvrit de Myrrha l’écorce maternelle ? Enfant, qui que tu sois, oh ! tes yeux sont charmants, Bel enfant, aime-moi. Mon cœur de mille amants Rejeta mille fois la poursuite enflammée ; Mais toi seul, aime-moi, j’ai besoin d’être aimée… »