Versos French André de Guerne Vespertinus amor

French poem

Vespertinus amor

by (1853–1912)

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Le soir d’hiver déjà sur la ramée Tombe du ciel norci. Sur la jeunesse, hélas ! ma bien-aimée, Le soir descend aussi.

L’âge rapide effeuille une par une Les roses dans nos mains. Adieu, soleils ! Ô pâles clairs de lune Sur nos pâles chemins !

Mais le destin, amie, en vain nous presse ; Il nous laisse nos cœurs, Nos souvenirs et l’éternelle ivresse De nos matins vainqueurs.

Mais toute chose aura comme à l’automne Cette vague douceur Enveloppant sur l’onde qui frissonne La barque du passeur.

Nous reverrons les lieux où nous vécûmes, Mais comme à l’horizon Le voyageur dans l’averse ou les brumes Reconnaît sa maison.

Nous chercherons moins d’épis et moins d’herbes Au champ jadis foulé, Ainsi qu’après l’enlèvement des gerbes Les glaneuses de blé.

Vous revivrez, serments, ô chants de fête, Lointains comme ces voix Que ressuscite et faiblement répète Un écho dans les bois.

Chênes sacrés que l’ouragan dépouille, Forêts dont les hivers Tachent de sang, d’or, de pourpre et de rouille Les halliers découverts,

Vous sèmerez de feuilles envolées Les sentiers plus petits, Afin que nul n’entende en vos allées Nos pas appesantis,

Quand nous viendrons, mélancoliques ombres, Revoir s’il filtre encor, Jeunesse morte ! entre les branches sombres Un dernier rayon d’or.

Devant nos yeux, où maintenant alterne La nuit avec le jour, Les ans ainsi tiennent un miroir terne Où se mire l’amour.

Ô bien-aimée ! enivrons nos prunelles Du printemps qui nous fuit. Astres de l’ombre, étoiles éternelles, Vous brillez dans la nuit !