French poem
Fleurs des eaux
by André Lemoyne (1822–1907)
À Henri Harpignies.
Le clair ruisseau des bois dit aux fleurs de ses rives : Belles que j’aime à voir Dans l’abandon charmant de vos grâces naïves, À mon discret miroir ;
Ah ! je voudrais lutter contre mes destinées En arrêtant mon cours ; Et, vous enveloppant de mes eaux fortunées, Baiser vos pieds toujours.
Le soleil, loin de vous, mes fraîches riveraines, Accomplit son grand tour, Sans percer le rideau des saules et des frênes Qui vous filtrent le jour.
Jamais un coup de vent n’a froissé vos toilettes : À peine si, la nuit, En passant par les bois quelques brises follettes Vous effleurent sans bruit.
Je vous comprenais bien, filles des solitudes Qui vous penchiez sur moi, Suaves de parfums, rêveuses d’attitudes. Je pars. — Dieu sait pourquoi…
Adieu, fleurs d’or ; adieu, fleurs d’azur, fleurs de neige, J’ignore où je m’en vas. En pays inconnu, sans vous, que deviendrai-je ? Vous ne le savez pas ?
Au moins, si je pouvais emporter votre image ! Mais je vois bien que non. Je vous sens disparaître, au début du voyage. Laissez-moi votre nom.