French poem
Rosaire d’amour
by André Lemoyne (1822–1907)
J’aime tes belles mains longues & paresseuses, Qui, pareilles au lis, n’ont jamais travaillé, Mais savent le secret des musiques berceuses Qui parlent à voix lente au cœur émerveillé. — J’aime tes belles mains longues & paresseuses.
J’aime tes petits pieds vifs & spirituels, Petits pieds éloquents de la cheville aux pointes, Que les saints, oubliant leurs graves rituels, Pliés sur deux genoux, baiseraient à mains jointes. — J’aime tes petits pieds vifs & spirituels.
J’aime ta chevelure abondante & houleuse, Flots noirs en harmonie avec ton cou bistré. Je crois bien que jamais une main de fileuse Ne tria d’écheveau si fin & si lustré. — J’aime ta chevelure abondante & houleuse.
J’aime tes yeux vert-d’eau, j’aime tes yeux songeurs. Quand je regarde en eux, je pense aux mers profondes Dont le mystère échappe aux plus hardis plongeurs ; Je rêve d’un abîme où s’égarent les sondes. — J’aime tes yeux vert-d’eau, j’aime tes yeux songeurs.
J’aime ta bouche en fleur dont la corolle s’ouvre, Pur carmin sur un fond de neige éblouissant. C’est à prendre en pitié tous les trésors du Louvre. J’aime ta bouche en fleur, fleur de chair, fleur de sang. — J’aime ta bouche en fleur dont la corolle s’ouvre.
Vous, la belle de nuit & la belle de jour, Me pardonnerez-vous cette ingrate analyse ? Si j’ai mal égrené le rosaire d’amour, C’est qu’un cher souvenir trop capiteux me grise. — Grâce, belle de nuit ; grâce, belle de jour.