French poem
Les Femmes et la mer
by Armand Silvestre (1837–1901)
Depuis qu’Aphrodite la blonde Jaillit des bras du flot amer, Mieux qu’à nous, fidèles à l’onde, Les femmes ont aimé la mer.
Et la Mer a gardé pour elles Le tendre regard d’un amant ; Elle vient baiser leurs pieds frêles Avec un doux gémissement.
L’écume de ses flots plus calmes Que l’orage ne gonfle pas Vient poser l’argent de ses palmes Sur le doux chemin de leurs pas.
L’âme de la mer est pareille Aux lyres qu’effleure le vent, Elle murmure à leur oreille Un chant douloureux et vivant.
Souvent, j’ai voulu, dans un rêve, Assis au bord du flot moqueur, Mêler aux chansons de la grève La triste chanson de mon cœur,
Quand je voyais, énamourées Par les âcres senteurs de l’air, Passer sur les plages dorées Les belles filles au teint clair.