French poem
« Les soirs et les matins ont lassé ma paupière »
by Armand Silvestre (1837–1901)
Les soirs et les matins ont lassé ma paupière, Et mon esprit n’attend plus rien de leur retour : — Après le jour la nuit — l’ombre après la lumière — — Le doute après la foi — l’amour après l’amour !
— Sur chaque espoir déçu l’espoir qui recommence ! — Sur tout désir vaincu quelque désir vainqueur ! L’heure ne porte, en soi, que la vaine semence De tout ce qui fleurit aux ruines du cœur.
Ce sont les plus brisés qui sont les plus fertiles : Ô printemps sans été !… Maudit soit le destin Qui fait frémir en nous des ailes inutiles Que nul vol n’ouvrira vers quelque azur lointain !
Maudit soit le destin qui, du cercle des choses, Fait à notre pensée une étroite prison, Qui la laisse immuable en leurs métamorphoses, Et sous un rideau d’or nous ferme l’horizon !
Comme au fond de mon âme, au fond de ma prunelle Un besoin d’infini vit ardent et pareil : Je voudrais m’endormir dans une aube éternelle. Le cœur brûlé d’amour et les yeux de soleil !