Versos French Armand Silvestre Matins d’automne

French poem

Matins d’automne

by (1837–1901)

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Dans le frisson d’argent des aubes attardées, Octobre a mis l’adieu des chants et des parfums, Des soleils endormis et des étés défunts Couchés sous le linceul d’or des feuilles ridées.

De leur rêve déchu d’azur et de clarté Les jours sont descendus, pleins de mélancolie, Et je les vois s’asseoir sur la pourpre pâlie Et les lis languissants de leur seuil attristé !

Le silence a tendu sur l’heure monotone De son vol bas et lourd les assourdissements. Je dirai donc tout bas, et pour les seuls amants, Vos navrantes douceurs, sombres matins d’automne.

Par des matins pareils, j’ai traîné sous les bois L’amour désespéré de mes jeunes pensées, Comme fait le troupeau des bêtes aux abois Que la distraite main du chasseur a blessées.

Sous des cieux où le vent de l’aurore, en passant, Secouait des lambeaux d’azur pâle et de cuivre, J’ai promené jadis l’amertume de vivre Ne portant plus au cœur qu’un amour languissant ;

Et pleurant les matins vermeils où deux mains blanches Effeuillaient sur mon front un printemps radieux, J’ai mêlé les adieux de mon âme aux adieux Dont l’an qui part emplit la tristesse des branches.

Avec l’or des feuilles séchées Le vent d’octobre enlève-t-il L’or fin de vos têtes penchées. Blondes qu’on aimait en avril ?

Avec la fleur claire des nues Novembre a-t-il aussi fermé Les roses de vos gorges nues, Brunes qu’on adorait en mai ?

À voir courir la feuille morte Et les brouillards au ciel flottants, On dirait que l’automne emporte Toutes les amours du printemps !

Le givre, aux vitres des maisons, A dessiné des fleurs de neige, Un paysage de Norwège, Avec des pins pour horizons.

Mais, comme ces coins de nature Dont le mirage enchante l’eau, Un souffle fondra le tableau De ces frimas en miniature,

Effaçant jusqu’aux moindres plis Ces monts voisins des mers du pôle Et qui portent à leur épaule Un manteau d’hermine et de lis.

Comme du vol d’une colombe Le duvet tremblant de son nid, En flocons blancs la neige tombe Des ailes de l’An qui finit.

Flottante encore dans la brume Elle n’a pas déjà jonché La terre de sa froide plume Où couvre le printemps caché.

Mais déjà le vent de son aile Fouette, dans les airs moins pesants, D’une rougeur vive et charnelle Le teint des filles de seize ans.

Cependant le jour a rompu la prison Où l’enfermait le poids des ombres, une brume, Comme aux marches d’un temple où l’encens se consume, Flotte sur les degrés obscurs de l’horizon.

Cachant dans l’air plus lourd leurs têtes désolées, Les arbres aux troncs nus coupent le ciel pâli, Comme les piliers noirs qui d’un temple aboli Rappellent au chemin les gloires envolées.

Et plus rouge en ces feux que les pourpres de Tyr, Le soleil sans rayons, dont le disque s’élève, Semble pendre à la pointe invisible d’un glaive, Comme le cœur saignant de quelque dieu martyr !