French poem
Trois toiles de Feyen-Perrin
by Armand Silvestre (1837–1901)
Le bruit des flots a-t-il chassé de ton oreille Les grands bruits de la ville à l’Océan pareille, Ô fille de Paris debout près de la mer ? Toi qui n’as pas d’absents à demander aux vagues, Ta rêverie est douce et, vers tes beaux yeux vagues, Jamais, du gouffre bleu, ne monte un pleur amer. Les hommes sont partis : sur le bord de la mer, Jusqu’à l’heure où viendront s’y pencher les étoiles, Les femmes resteront ; leurs doigts tissent des toiles ; Mais leur rêve, tantôt charmant, tantôt amer, Suit dans l’azur profond l’aile blanche des voiles. Sous le thyrse qui vole et le cuivre qui tonne, Orphée est étendu ; les Ménades en chœur, Comme une grappe mûre échappée à la tonne, Foulent, en bondissant, sous leurs pieds nus, son cœur ; Et son chef, que brandit leur caprice vainqueur, Semble un astre sanglant sur l’or d’un ciel d’automne.