French poem
Le Meurtre du reptile
by Auguste Barbier (1805–1882)
Un matin, le long d’une bruyère A l’éclat tout vermeil, J’aperçus une noire vipère Qui dormait au soleil. L’animal, entendant mon approche, Loin de moi se posa ; Mais soudain de mes doigts une roche Partit & l’écrasa. Ah ! me dis-je après le coup terrible, Fallait-il mettre à mort Ce serpent qui, bien que très-nuisible, Ne m’avait fait nul tort ? Il était capable de morsures Cruelles, mais sa dent N’eût usé de ses forces impures Qu’à son corps défendant. Je connais des vipères humaines D’un penchant plus malin : Celles-là, sans offenses ni peines, Mordent soir & matin. Qu’on soit près, qu’on soit loin, hors du monde Et dans l’ombre perdu, Faut toujours que leur venin immonde Sur vous soit répandu. O serpents, ô gueules malfaisantes, Vous valez encor mieux Que ma race & les lèvres pensantes Du chef-d’œuvre des cieux !