French poem
Mort de Sakhar
by Auguste Barbier (1805–1882)
Sakhar, fils de Sharîd, homme plein de vaillance, Dans un combat reçut au flanc un coup de lance ; La blessure n’était point bonne, &, dans son lit, Depuis un an bientôt tristement il languit.
Sa femme, qui le soigne & qui le quitte à peine, Y trouve tant d’ennuis qu’elle l’a pris en haine. Il l’entend une fois, dans ses noires humeurs, Répondre à la voisine en quête de ses pleurs : « Tu demandes comment va cette maladie, Ce qu’il devient, hélas ! que te dirai-je, amie ? Ce n’est pas un vivant qui vous fasse espérer, Même un mort qu’à l’oubli le cœur puisse livrer : Vraiment, cet homme-là me rend la vie amère ! » Au contraire, lorsqu’on interrogeait sa mère, Elle disait : « Ayez comme moi de l’espoir, Allah le guérira, si tel est son vouloir. » Sakhar, qui les avait l’une & l’autre entendues, Laissa partir ces vers de ses lèvres mordues :
« Pour sa mère Sakhar n’est jamais un ennui, Mais Soulayma, sa femme, est sans pitié pour lui.
« Que méprisé par tous il tombe en la misère Celui qui met sa femme au niveau de sa mère !
« Je voudrais bien frapper encor quelque bon coup, Mais l’onagre épuisé ne se tient plus debout.
« Ah ! je ne croyais pas devenir ce cadavre Qui te lasse l’épaule, ô femme, & qui te navre ;
« Oui, certes, je comptais sur un plus prompt trépas ; Mais comme l’on se flatte & se trompe ici-bas !
« Je réveille en mourant le brave qui sommeille ; Qu’il comprenne ma voix, s’il n’est point sans oreille ! »
Après bien des douleurs, un grand bourlet de chair Se forma sur la plaie ; on lui dit : « Ami cher, Nous aurions pour ta vie encor de l’espérance Si tu laissais couper cette forte excroissance. — Faites, leur dit Sakhar, ainsi qu’il vous plaira ; » On coupa le bourlet & Sakhar expira.