Versos French Auguste Barbier Saturne

French poem

Saturne

by (1805–1882)

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Un beau soir, par une lunette Je contemplais les vastes cieux Et voyais là chaque planète Suivre son cours mystérieux, La plus distante de la terre, Saturne à l’imposante sphère, Captivait surtout mes pensers, Et sur sa rondeur lumineuse, D’une façon presque fiévreuse, Je tenais mes regards fixés.

Comme un roi dans les plaines brunes De l’incommensurable éther, L’astre, entouré de ses huit lunes Et de son anneau de feu clair, Répandait un éclat suprême, Et les rais de son diadème Lui donnaient tant de majesté Que mon âme, toute ravie, Sur ces brillants signes de vie Bâtissait maint rêve enchanté.

Qui sait, là haut, ce qui se passe, Disais-je en mon étonnement, Et si cette île de l’espace N’est pas un refuge charmant ? Qui sait, là, si notre existence Plus robuste ne recommence Sur un meilleur terrain ses pas ? Qui sait surtout, ô ma pauvre âme, Si, transfuge d’un corps sans flamme, Ton vol ne s’y tournera pas ?

Là, peut-être que l’on ne trouve Qu’un ciel toujours plein de splendeur, Un climat fixe où l’on n’éprouve Ni trop de froid ni trop d’ardeur ; Là, peut-être que la nature Récompense toute culture Par une ample fertilité Qui ne demande point à l’homme Des labeurs de bête de somme Et des nuits d’âpre anxiété.

Là, peut-être bien que l’on s’aime D’un unique & sincère amour Qui résiste à l’âge lui-même Et ne s’éteint qu’avec le jour. Là, peut-être que la faiblesse, Moins victime de la rudesse, Se voit plus souvent secourir ; Peut-être enfin qu’en la mêlée Des vivants & dans leur foulée On se fait beaucoup moins souffrir…

Ô Dieu ! si ce rêve que dore Ma pensée est un fait réel, Et si mon âme ailleurs encore Doit prendre un vêtement charnel, Conduis-la sur ce point extrême De notre radieux système, Et là, permets qu’en liberté Elle puisse une fois connaître Un peu de ton bonheur, grand Être, La vie avec sérénité.