French poem
03 (Le double flot coulait sonore et…)
by Auguste Brizeux (1803–1858)
Le double flot coulait sonore et clair Au confluent de l’Odet et du Ster ;
Comme un géant hurlant dans les vallées, La cathédrale envoyait ses volées ;
Et Corentin et le roi Gralon-Maur Sur les deux tours semblaient régner encor ;
Tous les Esprits et les Saints d’Armorique M’apparaissaient dans la cité celtique…
Jean La Fontaine ! alors je t’arrachai Un noir feuillet de malice entaché :
« Aux flots bretons va, feuille champenoise, « Dis-je en riant, tombe, ô feuille sournoise !
« Tout voyageur sur tes bords arrêté « Doit ce tribut, Kemper, à ta beauté :
« C’est une fable, et qu’après un long somme « Pourra rimer là-bas le faux bonhomme.
« Il sied vraiment de se moquer d’autrui « Aux malheureux nés dans Château-Thierry ! »
— Et cependant sous nos vieilles murailles Gaiement passaient les filles de Cornouailles,
Et laboureurs avec leurs longs cheveux, Portant la braie ainsi que leurs aïeux ;
Tout verdissait sur la haute montagne ; Tout se mêlait, la ville et la campagne :
Le double flot coulait sonore et clair Au confluent de l’Odet et du Ster.