Versos French Auguste Gilbert de Voisins Le Vivier

French poem

Le Vivier

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Ce cher vivier dormant est votre paysage; Il est bleu, d’un bleu pur et pâle, le passage D’une nuée, au ciel, vient parfois l’assombrir Et changer la turquoise en un profond saphir, Mais il vous plaît toujours, et toujours il apporte Un rêve d’autrefois où des princesses mortes Goûtent le crépuscule en somptueux atours. L’hiver torrentueux, durant ses mauvais jours, A beau laver le sol et brouiller chaque trace, L’eau réfléchit encor l’image qui s’efface. --Dans ce miroir subtil, vous avez regardé Si souvent le reflet du vieux mur lézardé, Le reflet de vos yeux, le blanc reflet des cygnes Et celui de l’Amour de plâtre qui désigne Certaine grotte obscure et propice aux serments! --C’est votre paysage où, très indolemment, Vous vous laissez porter dans une barque basse. Le grand arbre du bord, d’un geste plein de grâce, Penche toute sa verdure pour abriter Votre front délicat des ardeurs de l’été, Une brise en mineur chuchote à vos oreilles, Vous écoutez les soupirs du bois, une abeille Qui bourdonne, tandis que les duvets de l’air Viennent avec respect caresser votre chair. Souvent vous abordez à la rive de l’île Charmante qui paraît, sur cette onde tranquille, Comme un bouquet surgi du fond secret des eaux; Là, pour vous pénétrer du rêve d’un oiseau, Vous prenez le tapis de l’herbe comme couche, Enfin vous souriez, en regardant ma bouche... Je vous regarde aussi... L’heure coule sans bruit... Puis vient le soir, puis vient le noir, puis vient la nuit.