French poem
Le Cri du juste
by Auguste Lacaussade (1815–1897)
Victimes ! grands esprits à qui Dieu fit des ailes, Poètes et penseurs qu’embrasent de saints zèles, Martyrs des hauts instincts dont le ciel vous dota, Vous qui de l’Art aussi montez le Golgotha ! O prêtres de la Muse ! ô couronnés d’épines ! Dans les sentiers trempés de vos sueurs divines, Tombant sur les genoux, oh ! qu’il est des moments Où vous avez au cœur de sourds accablements ! Dans votre œuvre arrêtés, plus grands que votre force, Vous sentez que vos fruits vont mourir sous l’écorce ; Et, de douleur muets, apôtres ignorés, Vous tournez vers le ciel des yeux désespérés ! Et, se lavant les mains de vos malheurs, ce monde Passe et rit ; — mais, frappé d’une stupeur profonde, Tout à coup il entend monter vers l’infini Ce cri du Juste : « Eli, lamma sabachtani ! »