Versos French Camille Bias La Gelée blanche

French poem

La Gelée blanche

by (1824–1908)

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Oh ! ne viens pas, printanière gelée, Vierge menteuse au voile blanc ! À ta douceur la souffrance est mêlée : Tu sais mentir en souriant.

Quand le printemps nous jette à flots la vie, Oh ! ne viens pas la respirer : Ton souffle brûle ; et la terre flétrie Meurt dès qu’il ose l’effleurer.

Déjà les fleurs entr’ouvrent leur corolle, Déjà la tige s’enhardit ; Et, moins craintif, le jeune insecte vole Sur le feuillage qui grandit.

Dans nos jardins se balance l’emblème De l’espoir et de la beauté ; Le papillon, sur la plante qu’il aime, Se repose avec volupté.

Au sein des prés, la pâquerette humide Dégage son front du gazon, Et son regard, incertain et timide, Lit l’espérance à l’horizon.

Oh ! ne viens pas, dans ta mortelle envie Briser l’augure des beaux jours ! Ne trouble pas l’atmosphère attiédie Par le souffle pur des amours.

Pitié ! pitié pour l’arbre aux couleurs roses, Espoir d’un automne lointain ! Tu brûlerais ses feuilles à peine écloses Si tu passais encor demain.

Ce n’est point seul l’éclat d’une journée Que ta présence peut ternir ; C’est la richesse et l’espoir d’une année, Jalouse, que tu viens cueillir.

Ainsi tout naît, l’homme comme la plante, Avec l’illusion du cœur, Qu’il flatte, hélas ! d’une main confiante, Jusqu’à la première douleur.

Qui n’a pas vu la froide giboulée Voiler son soleil de plaisir ? Qui n’a pas vu la tardive gelée Glacer ses rêves d’avenir ?