Versos French Casimir Delavigne Délire bachique

French poem

Délire bachique

by (1793–1843)

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Mes amis, nos coupes sont pleines, L’écume en couronne les bords ; Quel feu, circulant dans mes veines, M’inspire de nouveaux transports ! Je vois Bacchus, je vois sa gloire ; Mon ivresse m’élève aux cieux ; C’est Hébé qui me verse à boire ; Je suis à la table des Dieux.

Approche, joyeuse Bacchante ; L’œil en feu, les cheveux épars, Viens redoubler l’ardeur brûlante Que je puise dans tes regards ; Verse d’un bras infatigable Le pur nectar des immortels ; Je me contente de leur table, Sans aspirer à leurs autels.

Vois dans sa marche vacillante Silène qui, l’œil égaré, Laisse aller sa tête tremblante Que couronne un raisin doré. Il sourit : et sa bouche avide Dont la soif paraît s’irriter, Appelle encor la coupe humide Que sa main ne peut plus porter.

Qui de nous, dans ces jours de fête, Peut compter sur un jour nouveau ? Le lierre qui pare ma tête, Croîtra demain sur mon tombeau : Mais loin qu’une sombre tristesse Précède mon dernier sommeil, Je veux m’endormir dans l’ivresse Et chanter encore au réveil.