Versos French Catulle Mendès Le Mendiant de son honneur

French poem

Le Mendiant de son honneur

by (1840–1909)

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Devant Bivar. Le fils et les petits-fils île Diego Laynez parlent entre eux, ignorant encore que le comte Gomez de Gormaz a frappé au visage le chef de leur maison. Un Mendiant monte la côte.

BERMUDO

Vois donc, frère, sur le chemin Ce mendiant qui tend la main. Qu’il a l’air triste !

HERNAN

Comme sous de très lourds fardeaux Il courbe la tête et le dos. Que Dieu l’assiste !

Le Mendiant s’approche.

Vois ! il défaille à tous moments. Ses vieilles mains, ses vêtements Sont noirs de boue.

HERNAN

Il a honte, le pauvre vieux ! Son manteau lui pend sur les yeux Et sur la joue.

Le Mendiant est devant eux, courbé.

LE MENDIANT

La chanté, Seigneurs, la charité !

RODRIGUEZ

Que te faut-il ? parle, vieil homme.

HERNAN

As-tu faim ? As-tu soif ?

BERMUDO

Veux-tu faire un bon somme ?

HERNAN

Le pain nous rend la force et le vin la gaîté.

BERMUDO

Le sommeil est plein de beaux rêves.

LE MENDIANT

Je n’ai ni soif ni faim. Je dois veiller sans trêves. La charité, Seigneurs, la charité !

RODRIGUEZ

Que te faut-il ? parle, vieil homme.

HERNAN

Un cheval pour la route ?

BERMUDO

Ou quelque forte somme ?

HERNAN

Un cheval porte vite au gîte souhaité.

BERMUDO

L’argent tente les plus austères.

LE MENDIANT

Je ne voyage point. J’ai de l’or et des terres. La charité, Seigneurs, la charité !

RODRIGUEZ

Que veux-tu donc, passant étrange ?

HERNAN

Ni le pain, ni le vin ?

BERMUDO

Ni la nuit dans la grange ?

HERNAN

Ni le bel étalon tout de feu moucheté ?

BERMUDO

Ni l’or ou l’argent que l’on compte ?

Le Mendiant jette sa cape et son chapeau. Les jeunes hommes reconnaissent Diego Laynez.

DIEGO LAYNEZ

L’aumône qu’il me faut, c’est la tête du comte ! La charité, mes fils, la charité !