French poem
Lettre au père de Morillon
by Chapelle
Ce ne sera ni casse ni cannelle Qui guérira ton pauvre ami Chapelle, Et lui rendra son premier vermillon, Son embonpoint et vigueur naturelle ; Mais ton esprit, cher Père Morillon, Plus prompt et vif que de l’émérillon N’est par les airs le vol à tire d’aile, Lui seul me sert à présent d’aiguillon. Pour t’envoyer ce faible échantillon Du noble feu qui dans toi renouvelle, Et dont en moi cette fièvre mortelle
Et ses frissons à double carillon Ne laissent plus luire aucune étincelle.
Que si, plutôt qu’aller sur les noirs bords, Au lieu du jaune et pâle teint des morts, Il me revient jamais couleur vermeille, À tout ce que mon esprit me conseille Ne ferai faute, et me verras pour lors, Toujours dehait et de tous bons accords, Te suivre en tout d’une ardeur non pareille. Puis quand m’auras, par m’ouvrir les trésors De ton Joseph, cette rare merveille, Tout enchanté, tant l’âme que l’oreille, Nous pourrons bien, pour avoir soin du corps Et tout venin au mieux chasser dehors, Boire avec toi mainte bonne bouteille, Et de cela trop bien serai recors.
Peux-tu jamais avec tant d’apparence Te relâcher de la persévérance Qui tout entier te livre à tant d’emplois Qu’en cette grande et fameuse occurrence ? Quand nous aurons, pour une bonne fois, Au ciel marqué notre reconnoissance Par le concert de l’orgue et de nos voix, Et témoigné notre réjouissance D’avoir enfin la charmante présence D’un prince dont les équitables lois Rendront ces lieux pleins d’aise et d’abondance, Pourrons-nous pas avecque bienséance
Dans ton office et tes celliers benoîts En tout honneur descendre deux ou trois, Non pour savoir s’ils sont bien pleins de bois : Point ne doutons de votre prévoyance Contre l’hiver, la neige et les grands froids ; Mais pour des muids admirer l’ordonnance ; Et là, mettant sur notre conscience Broc de vin blanc qu’on boit au premier mois, Examiner, sans nulle préférence, Si Saint-Martin peut approcher d’Arbois ?