French poem
Variantes De La Première Édition
1re strophe, 4e vers.
Qui traînent à plis paresseux
7e strophe, 3e et 4e vers.
La jarretière, ainsi qu'un œil vigilant, flambe Et darde un regard diamanté.
LESBOS (Pièce condamnée)
Mère des jeux latins et des voluptés grecques, Lesbos, où les baisers languissants ou joyeux, Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques, Font l'ornement des nuits et des jours glorieux, Mère des jeux latins et des voluptés grecques;
Lesbos, où les baisers sont comme les cascades Qui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds Et courent, sanglotant et gloussant par saccades, --Orageux et secrets, fourmillants et profonds; Lesbos où les baisers sont comme les cascades!
Lesbos, où les Phrynés l'une et l'autre s'attirent, Où jamais un soupir ne resta sans écho, A l'égal de Paphos les étoiles t'admirent, Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho! --Lesbos, où les Phrynés l'une et l'autre s'attirent;
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses Qui font qu'à leurs miroirs, stérile volupté, Les filles aux yeux creux, de leurs corps amoureuses, Caressent les fruits mûrs de leur nubilité. Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,
Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère; Tu tires ton pardon de l'excès des baisers, Reine du doux empire, aimable et noble terre, Et des raffinements toujours inépuisés, Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère.
Tu tires ton pardon de l'éternel martyre Infligé sans relâche aux cœurs ambitieux, Qu'attire loin de nous le radieux sourire Entrevu vaguement au bord des autres deux; Tu tires ton pardon de l'éternel martyre!
Qui des dieux osera, Lesbos, être ton juge Et condamner ton front pâli dans les travaux, Si ses balances d'or n'ont pesé le déluge De larmes qu'à la mer ont versé tes ruisseaux? Qui des dieux osera, Lesbos, être ton juge?
Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste? Vierges au cœur sublime, honneur de l'Archipel, Votre religion comme une autre est auguste Et l'amour se rira de l'enfer et du ciel... --Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste?
Car Lesbos, entre tous, m'a choisi sur la terre Pour chanter le secret de ses vierges en fleur, Et je fus dès l'enfance admis au noir mystère Des rires effrénés mêlés au sombre pleur... Car Lesbos, entre tous, m'a choisi sur la terre,
Et, depuis lors, je veille au sommet de Leucate, Comme une sentinelle à l'œil perçant et sûr Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate, Dont les formes au loin frissonnent dans l'azur. --Et, depuis lors, je veille au sommet de Leucate,
Pour savoir si la mer est indulgente et bonne, Et parmi les sanglots dont le roc retentit, Un soir ramènera vers Lesbos qui pardonne Le cadavre adoré de Sapho qui partit Pour savoir si la mer est indulgente et bonne!
De la mâle Sapho, l'amante, et le poète, Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs, --L'œil d'azur est vaincu par l'œil noir, que tachète Le cercle ténébreux tracé par les douleurs De la mâle Sapho, l'amante et le poète!
--Plus belle que Vénus se dressant sur le monde Et versant les trésors de sa sérénité Et le rayonnement de sa jeunesse blonde Sur le vieil Océan de sa fille enchanté Plus belle que Vénus se dressant sur le monde!
--De Sapho qui mourut le jour de son blasphème, Quand, insultant le rite et le culte inventé, Elle fit son beau corps la pâture suprême D'un brutal dont l'orgueil punit l'impiété... De Sapho qui mourut le jour de son blasphème.
Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente, Et, malgré les honneurs que lui rend l'univers, S'enivre chaque nuit du cri de la tourmente Que poussent vers les cieux ses rivages déserts; Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente!