Versos French Charles Péguy Madame Gervaise

French poem

Madame Gervaise

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mon Seigneur. Vous avez demandé d'abord à vos serviteurs: Avez-vous encore votre père ou quelque autre frère?

Et nous vous avons répondu, mon Seigneur: Nous avons un père qui est vieux, et un jeune frère qu'il a eu dans sa vieillesse, dont le frère qui était né de la même mère est mort: il ne reste plus que celui-là, et son père l'aime tendrement.

Vous dîtes alors à vos serviteurs: Amenez-le moi, je serai bien aise de le voir.

Mais nous vous répondîmes, mon Seigneur: Cet enfant ne peut quitter son père, car s'il le quitte, il le fera mourir.

Vous dîtes à vos serviteurs: Si le dernier de vos frères ne vient avec vous, vous ne verrez plus mon visage.

Lors donc que nous fûmes retournés vers notre père votre serviteur, nous lui rapportâmes tout ce que vous aviez dit, mon Seigneur.

Et notre père nous ayant dit: Retournez pour nous acheter un peu de blé;

nous lui répondîmes: Nous ne pouvons y aller. Si notre jeune frère y vient avec nous, nous irons ensemble: mais à moins qu'il ne vienne, nous n'osons nous présenter devant celui qui commande.

Il nous répondit: Vous savez que j'ai eu deux fils de Rachel ma femme.

L'un d'eux étant allé aux champs, vous m'avez dit qu'une bête l'avait dévoré, et il ne paraît plus jusqu'à cette heure.

Si vous emmenez encore celui-ci, et qu'il lui arrive quelque accident dans le chemin, vous accablerez ma vieillesse d'une affliction qui la conduira dans le tombeau.

Si je me présente donc à mon père votre serviteur, et que l'enfant n'y soit pas, comme sa vie dépend de celle de son fils,

lorsqu'il verra qu'il n'est point avec nous, il mourra, et vos serviteurs accableront sa vieillesse d'une douleur qui le mènera au tombeau.

Que ce soit donc plutôt moi qui sois votre esclave, puisque je me suis rendu caution de cet enfant, et que j'en ai répondu à mon père, en lui disant: Si je ne le ramène, je veux bien que mon père m'impute cette faute, et qu'il ne me la pardonne jamais.

Ainsi je demeurerai votre esclave, et servirai mon Seigneur en la place de l'enfant, afin qu'il retourne avec ses frères.

Car je ne puis pas retourner vers mon père sans que l'enfant soit avec nous, de peur que je ne sois moi-même témoin de l'extrême affliction qui accablera notre père.