Versos French Charles Reynaud 03 (Toi qui t’épanouis sans faste…)

French poem

03 (Toi qui t’épanouis sans faste…)

by (1821–1853)

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Toi qui t’épanouis sans faste Dans l’épi barbelé, Ô fleur laborieuse et chaste, Petite fleur du blé,

Ce n’est pas pour toi qu’est la gloire D’embaumer les cheveux Et de parer le sein d’ivoire Des belles aux doux yeux.

Tu n’iras pas, fleur bien-aimée, Paysanne sans art, Dans une chambre parfumée Mendier un regard.

Les coupes de marbre et d’agate Sont pour les bluets bleus Et pour le pavot écarlate, Tes voisins paresseux.

Moins orgueilleuse que la rose, Au pauvre tu souris, Car de sa sueur il arrose Le sol où tu fleuris.

C’est lui qui te tresse en guirlande Avec sa rude main, Et va te porter en offrande À la croix du chemin.

Si tu n’es ni rose, ni belle, Tu crois en liberté Et c’est de ta manne éternelle Que vit l’humanité.

Tu brilles dans la plaine blonde Lorsque juin est feu Achevant ton œuvre féconde Sous le regard de Dieu.

Dans ta corolle s’élabore Le suc puissant du grain. Le soleil l’achève et le dore ; Nous en ferons du pain !

Ô fleur laborieuse et chaste, Salut, ô fleur du blé, Toi qui t’épanouis sans faste Dans l’épi barbelé !