Versos French Charles Vignier Album de vers et de prose

French poem

Album de vers et de prose

by (1863–1934)

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Entr’ouvrons la fiole d’où Ravissante et douce filtre La vapeur d’un ancien philtre Hindou,

Son parfum savant efface La peur d’un rêve incertain, Et de faible pourpre teint Ma face.

Parmi l’azur nébuleux Meurent les flammes moroses, Nous aurons des cierges roses Et bleus !

De pétales de fleurs blanches, Nous parsèmerons les lits Où lents se pâment les lys, Tes hanches ;

Cercle ton onduleux col De sequins et de grains d’ambre, Et tes yeux, cieux de septembre. De kohl ;

Et l’on oindra d’aromates Tes cheveux roux, et les chers Fards aviveront tes chairs Trop mates…

Voici tomber chauds et lourds Les flots où tout esprit sombre, Les flots du silence, sombre Velours.

Viens, je connais tel vieux rite ! D’étranges étreintes sont, Où maint débile frisson S’irrite.

Vague comme un contour de brume qui s’élève, Au fond du bois morose, un faune alourdi d’ans, Erre mélancolique et regrettant son rêve. Les yeux encore empreints de souvenirs ardents,

De triomphants décors, de teintes de féeries, D’or ruisselant parmi les sauvages toisons Des nymphes folâtrant en blanches théories, Ayant gardé le goût de leurs lèvres, tisons

Qui mirent sur sa chair leur trace indélébile. Il hume avidement, dans l’air veuf de parfums, Les confuses senteurs, que sa mémoire habile Ranime aux rameaux secs des bocages défunts…

… Cruelles visions, enivrantes bouffées D’insaisissable arôme, enlacements divins De pâles incarnats !… Oh ! vous, mirages fées Dont les enchantements, comme des flots de vins.

Effaçaient par instant mes grises nostalgies, Pourquoi vous perdé-je à jamais ! Pourquoi le vent A-t-il exorcisé vos riantes magies Sous le glacé contact d’un baiser décevant ?

Il dit !… Et frissonnant à la voix monotone De la bise qui clame un long vagissement, Sentant sa fin venir dans cette fin d’automne, La tête entre ses mains, il pleure amèrement.

Les voix de la mer sont tentantes, La galère dort dans le port, Et son rêve ignore l’effort Des lentes caresses flottantes.

La Dame d’azur dans l’attente Sourit, augurant d’un bon sort. Les voix de la mer sont tentantes, La galère dort dans le port.

Les nuages me font des tentes D’or. Point de trêve à mes accords, Doucement je berce la mort, Et mes couleurs sont inconstantes, Les voix de la mer sont tentantes.

Insinuante, sous la nef qui consent, La mer bombe son dos frémissant Et sonne au large les cloches du départ. Là-bas, tout là-bas, sur son rempart, La Dame d’Azur, des lilas dans les mains, Salue. Et la nef s’orne de maints Pavois, dont la jeune orgueilleuse candeur Rit aux baisers futurs, à l’odeur Des vents qu’ont vantés les dorades en or.

Petite nef, pour mieux plaire encor À la Dame des bleus palais d’horizon Emplis tes flancs d’une cargaison De beaux cadeaux naïfs comme ton printemps. Et vogue ravie aux flots contents.

Les flots roulent la nef par leurs vals de délices, Mais la Dame d’Azur pâlit et s’évapore. Les lilas d’autrefois se sont mués en lys, Rêves-tu de sommeil ingénu dans le port ?

Les lilas d’autrefois se sont mués en lys. Sauras-tu le mystère incertain des calices, Petite nef ? Oublieuse du calme port, Cingles-tu vers la lune ou bien sur Singapore ?

Sauras-tu le mystère incertain des calices ? Il est un air d’oubli que chanterait le port. Les flots roulent la nef par leurs vals de délices, Mais la Dame d’Azur pâlit et s’évapore.

Il défaille emmi l’air des parfums tant amènes, Qu’on croirait respirer l’âme d’un cyclamen. Dans l’église l’encens se pâme pour l’hymen Du soëve Jésus et des catéchumènes.

Abandonnant soudain l’éploré cyclamen, Les libellules vont — ô combien inhumaines ! Effleurer la neige au front des catéchumènes, De leurs ailes de mauve et d’ambre d’Yémen.

Ô ces yeux verts rêvant, ces aigues inhumaines, Pour qui l’orgue amoureux fit pleurer un Amen ! Ô Sainte ! En ton vitrail clair d’ambre d’Yémen, Mon âme ignorera le ciel où tu la mènes.