French poem
Chapitre Vii
Cette dame qui m'avait pendant si longtemps servi à cacher ma volonté, il fallut qu'elle quittât la ville où nous étions, pour une résidence éloignée. De sorte que moi, fort troublé d'avoir perdu la protection de mon secret, je me trouvai plus déconcerté que je n'aurais cru devoir l'être. Et pensant que, si je ne témoignais pas quelque chagrin de son départ, on s'apercevrait plus tôt de ma fraude, je me proposai de l'exprimer dans un sonnet que je reproduirai ici parce que certains passages s'y adresseront à ma Dame, comme s'en apercevra celui qui saura le comprendre.
O vous qui passez par le chemin de l'Amour, Faites attention et regardez S'il est une douleur égale à la mienne. Je vous prie seulement de vouloir bien m'écouter; Et alors vous pourrez vous imaginer De quels tourmens je suis la demeure et la clef. L'Amour, non pour mon peu de mérite Mais grâce à sa noblesse, Me fit la vie si douce et si suave Que j'entendais dire souvent derrière moi: Ah! A quels mérites Celui-ci doit-il donc d'avoir le coeur si joyeux? Maintenant, j'ai perdu toute la vaillance Qui me venait de mon trésor amoureux, Et je suis resté si pauvre Que je n'ose plus parler. Si bien que, voulant faire comme ceux Qui par vergogne cachent ce qui leur manque, Je montre de la gaité au dehors Tandis qu'en dedans mon coeur se resserre et pleure.
NOTES:
O voi che per la via d'Amore passate.
Commentaire du ch. VII.