French poem
L’Orage
by Delphine de Girardin (1804–1855)
« Oh ! dites-moi pourquoi, ma mère, Je souffre depuis ce matin ? Pourquoi je ne suis plus légère ? Pourquoi j’ai dormi dans mon bain ?
Pourquoi mon aiguille résiste Sous mes doigts faibles et brûlants ? Et pourquoi je me sens si triste ? Pourquoi mes pas sont si tremblants ?
— C’est l’orage, ma pauvre fille, Qui t’inspire ce vague effroi, Qui rouille en tes doigts ton aiguille, Qui te rend triste auprès de moi.
Ne vois-tu pas ce gros nuage Qui marche et s’avance vers nous ? Allons, laisse là ton ouvrage, Et viens dormir sur mes genoux. »
Elle obéit… elle sommeille ; L’orage ébranle la maison ; Mais quand sa mère la réveille, Le soleil brille à l’horizon.
Alors sa tête se relève ; Elle écarte ses longs cheveux ; Sa tristesse n’est plus qu’un rêve, Et l’enfant a repris ses jeux.
Folle, elle va mouiller dans l’herbe Sa robe et son petit soulier, Pour voir de près l’arbre superbe Que la tempête a fait plier ;
Ou ramasse les coquillages Que l’eau du torrent balaya : Tout l’amuse… jusqu’aux ravages De l’orage qui l’effraya !
Son âme n’est plus oppressée, Rien ne résiste à ses désirs, Et de sa souffrance passée Il ne reste que des plaisirs.
Oh ! joyeuse enfance ! heureux âge Qu’un regard protége toujours ! Brillante saison où l’orage Est le seul chagrin des beaux jours !
Je veux ainsi couler ma vie ! Au sort je me résignerai : Par la tempête poursuivie, Comme l’enfant je dormirai.
Poésie, ô sainte chimère ! Viens aussi garder mon sommeil : Éveille-moi, comme sa mère, Aux premiers rayons du soleil !