Versos French Edgar Quinet Adieu

French poem

Adieu

by (1803–1875)

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Adieu, mon fils Napoléon. Le vaisseau part ; le vent est bon. Que la Madone vous bénisse ! Et que son fils vous soit propice ! Quand vous errez, sans savoir où, Portez cette amulette au cou. Elle fait rebrousser les balles Et trembler l’airain des cymbales.

Adieu, mon Nap ; adieu, mon fils. Souvenez-vous de mes avis. Court est le jour, long le voyage ; Le chemin lent, et prompt l’orage. Sous votre toit vivez de peu. Dans votre nuit comptez sur Dieu. Allez ! Tout petit que vous êtes, Son œil vous suit dans les tempêtes.

Mon testament sera pour vous. À vos sœurs cherchez des époux, Quand je serai morte en ma tombe ; Soutenez notre nom qui tombe. S’ils se perdent dans le chemin, Menez vos frères par la main. Vous êtes d’eux tous, à votre âge, Le plus petit, et le plus sage.

— Adieu, ma mère ; adieu, mes sœurs. On lève l’ancre. Point de pleurs ; Déjà l’aube attend son étoile ; Déjà l’orage enfle ma voile. Sous mon poids la barque gémit ; Comme un coursier la mer frémit ; Les vents couronnent, dans la brume, Au loin, des fantômes d’écume.

Sur le rocher, attendez-moi, Où se brisent les mâts du roi, Quand au front des cimes chenues Éclate la voûte des nues ; Avant le jour, au fond des bois, Quand la foudre roule sa voix ; Dans la nuit, au bord de la grève Où va passer le vent du glaive.

Je reviendrai pour vous revoir ; Puis, au foyer, pâles, le soir, Vous entendrez mes aventures. Vos pleurs guériront mes blessures. La même terre aura nos os ; Nos berceaux seront nos tombeaux. Adieu ! Je me ris du naufrage, Fuyez, mes sœurs ! voici l’orage.

Que voit-on là-bas loin du bord ? Est-ce un goëland qui bat de l’aile ? Est-ce une orfraie, une hirondelle ? C’est un vaisseau qui sort du port.