French poem
Conseil du Maître
by Edmond Haraucourt (1856–1941)
à lucien rosselet
L’homme a dit : « Je défends, » où j’avais dit : « Je veux. » Vos lois ont raturé les mots du livre austère Où la Mère éternelle avait écrit ses vœux.
À force d’idéal vous dépravez la terre ; Vous créez des vertus que dément la raison, Et la nature en deuil a fini par se taire.
Assez, fils ! Il est temps d’élargir l’horizon : Voici les jours virils où la révolte gronde Et l’esclave vengé sort roi de sa prison !
Crie et frappe à ton cœur, jusqu’à ce qu’il réponde ; Quand il aura parlé, marche vers ton devoir Sans souci de la foule et sans crainte du monde.
Va-t’en, froid comme un dieu, sans entendre, sans voir. Les enfants et les sots riront sur ton passage : Tout droit ! Laisse aboyer les chiens sans t’émouvoir.
Ose avoir l’air d’un fou si tu veux être un sage !