French poem
Marée basse
by Edmond Haraucourt (1856–1941)
La mer est toute violette Sous les cieux roux et violets ; Le flot sans écume halette Et mouille sourdement le sable et les galets.
Le vent du nord rase les landes ; L’eau lourde s’endort dans leurs bras, Et les rocs bruns font des guirlandes Qu’ils descendent au large en bombant leurs dos gras…
Dans une rythmique indolence, Comme des pendules lassés, Les barques bercent en silence Leur mât unique et noir qui fend les cieux glacés.
Un cormoran fuit sous la brume, Jette au jour mort son dernier cri, Et le phare lointain s’allume, Astre rouge, trouant le brouillard assombri.
Sèche et longue, au vent de la grève Qui tord sa jupe comme un ver, Une vieille passe et relève Des goémons visqueux pour ses foyers d’hiver.