Versos French Edmond Haraucourt Pleine eau

French poem

Pleine eau

by (1856–1941)

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Rire au matin ; courir dans l’ondoiement des herbes ; Croire à tout ; secouer au ciel, comme des gerbes, La rose floraison des gaîtés de vingt ans ; Être aimé de la vie, et fleurir le printemps ; Ébaucher un amour dès qu’un hiver s’achève ; Être de l’avenir enfermé dans du rêve…

Puis, au bercement long des barques, triomphant, Éclabousser le fleuve avec des cris d’enfant ; Regarder le sillage ouvrir ses larges trames ; Faire chanter la mousse au choc brusque des rames ; Et, plus beau qu’un dieu grec, plonger ses flancs nerveux Dans l’eau verte qui fuit en léchant les cheveux ; Sentir, comme un toucher d’amantes inconnues, Le frais baiser des flots glissant sur les chairs nues ; Descendre… Et ce soir, loin, les pêcheurs trouveront, Des nénuphars aux pieds et des algues au front, Calme et serein, couché, blanc sur la vase brune, Un corps froid qui sommeille en regardant la lune…