French poem
Romance 158
by Edmond Haraucourt (1856–1941)
Quand l’orage gronde et s’irrite, Comme elle court, l’eau du ruisseau ! — Mais ce qui passe encor plus vite, C’est un oiseau.
Vers le nid où l’amour s’abrite, Comme il vole, comme il fend l’air ! — Mais ce qui passe encor plus vite, C’est un éclair.
Il luit, tonne, et se précipite : On le voit, sans le voir venir. — Mais il passe encore plus vite, Le souvenir !
Il existe, au pays du Scythe, Un arbre qui croît en un jour. — Mais ce qui vient encor plus vite, C’est un amour.
Tout à coup notre cœur palpite ; Le sourire se mêle au pleur. — Mais ce qui vient encor plus vite. C’est un malheur.
On vivait : terrible et subite, La mort a soufflé le flambeau ! — Mais l’herbe vient encor plus vite Sur un tombeau.