French poem
Vierges mortes
by Edmond Haraucourt (1856–1941)
Œillets blancs, lilas blancs et violettes blanches : Et le char sépulcral s’en va vers les caveaux, Sinistre et chaste, au pas rythmique des chevaux Qui bercent les grands draps déployés sur leurs hanches.
Ô vierges ! D’autres Mais fleuriront les pervenches, Les baisers écloront dans les Avrils nouveaux Et la brise des Juins grisera les cerveaux : Mais vos corps sans désirs dormiront sous les planches.
Toujours ! Et c’est fini sans être commencé ! Votre avenir d’hier a mille ans de passé : Vos cœurs immaculés sont morts avant de naître.
Lilas blancs, œillets blancs… Vous vous en retournez Vers l’immense sommeil des choses, sans connaître Le seul bien que la vie accorde à ses damnés !