Versos French Edmond Rostand Tout D'Un Coup

French poem

Tout D'Un Coup

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Les clartés qui, là-bas, piquant les ombres bleues, Révèlent qu'un menu village, à bien des lieues, Doit au flanc rond de quelque colline s'asseoir, Les clartés, tout d'un coup, que nous voyons, ce soir, Du haut d'un col, avant de descendre les rampes, Luire,--et qui sont, là-bas, les chandelles, les lampes, Les feux d'une gaîté, d'un travail, d'un souci,-- Ces clartés, tout d'un coup, nous rappellent que si L'on rêve au bord des ciels, on vit au ras des terres; Que si l'on rêve un peu sur les monts solitaires, On vit, dans les vallons, on vit, on vit beaucoup; De sorte que nos coeurs, oubliant, tout d'un coup, Que les feux du méchant, ses lampes, ses chandelles, Ne font pas, au lointain, des lumières moins belles Que les lampes, les feux, les chandelles du bon, Et que l'affreux signal qu'allume un vagabond Et la douce fenêtre au seul rideau de serge Qu'éclaire saintement le coucher d'une vierge Sont deux étoiles d'or identiques,--nos coeurs, Pour lesquels, tout d'un coup, ces petites lueurs Ne sont plus, dans la nuit, que d'autres existences, Nos coeurs qui, tout d'un coup, sentent qu'à ces distances Vous ne différez guère, ô pires, des meilleurs, Aiment également tous ces lointains veilleurs!