French poem
Soir de fête
by Édouard Dubus (1864–1895)
Les oiseaux bleus, qui s’envolèrent ce matin, Avec un chant d’où ruisselaient des paradis, Sont-ils blessés par la brûlure des midis Qu’ils reviennent vers nous d’un coup d’aile incertain ?
Les roses du chemin, que nous cueillons tous deux, Sont plus pâles et plus rares à chaque pas ; De leurs pétales défaillants ne sens-tu pas S’exhaler vers ton âme un rêve hasardeux ?
Dans les buissons, qui nous déchirent les genoux, Les fleurs ont un regard ironique et fatal, Cependant qu’un ciel bas, aux éclats de métal, Silencieusement s’appesantit sur nous.
Ne vois-tu pas une agonie au firmament ? Les lueurs qui tremblaient dans la brume du soir Se meurent, et voilà, sans étoiles d’espoir, La nuit où le vent pleure inconsolablement.