French poem
04 (Dans la moire et le satin…)
by Édouard Pailleron (1834–1899)
Dans la moire et le satin (L’enfant vient de naître), Il est couché, ce matin, Le cher petit être. Chacun accourt et, tremblant, Sur le lit se penche, Pour voir dans son écrin blanc Cette perle blanche.
Chacun soulève à demi Les fines dentelles Pour voir cet ange endormi, Qui n’a plus ses ailes, Pour voir ces nids à baisers, Sa main délicate Et ses petits pieds rosés Aux ongles d’agate.
Blanc comme une hostie et pur Comme une prière, On voit encor de l’azur Luire en sa paupière ? Son œil est vierge du jour, Son cœur de souffrance, Hier pour lui c’est l’amour, Demain l’espérance.
Il est comme sont les fleurs, Parfum et mystère ; À peine si par ses pleurs Il tient à la terre ! Que faut-il pour l’apaiser ? Un mot, s’il soupire ; S’il se réveille, un baiser ; S’il dort, un sourire.
Il dit déjà, savez-vous ? Mille et mille choses, Rien qu’avec le souffle doux De ses lèvres roses. C’est un langage charmant, Fait de mots étranges, Que comprennent seulement Sa mère — et les anges.
Bonjour, petit nous si cher, Rayon de ma flamme ! O baiser qui s’est fait chair ! Bonjour, petite âme, L’espoir t’appelle avenir, C’est un gai baptême ; Mais ton nom est souvenir, C’est pourquoi je t’aime.
Ah ! cher tyran, quel qu’il soit, Le nom qui te nomme, Déjà l’on souffre par toi… Tu seras un homme. Qu’importe, ô mon doux vainqueur ? Va, fais l’on office… La gourmandise du cœur, C’est le sacrifice !