French poem
Couplets chantés au banquet de la Saint-Charlemagne du lycée impérial de Versailles
by Émile Deschamps (1791–1871)
Chacun pérore bien ou mal De ce qu’il a dans l’âme Le dandy parle chasse ou bal ; Le juge, amende ou blâme ; Le caissier se tait, Ou parle protêt ; Le vendangeur, futailles ; Le marin du bord Parle bord, tribord… Moi, lycée et Versailles. Versailles doit son grand palais Au grand Roi quatorzième ; À d’autres rois ses gais chalets, Douceurs du diadème. On avait le parc, Diane et son arc, Latone, ifs et rocailles… Pourtant, sans caquet, Le meilleur manquait : Un lycée à Versailles ! À peine installé dans ces murs, Ces royales demeures, Peu de fruits secs, mille fruits murs !… Est-il moissons meilleures ? Puis au Grand Concours, Le temps, dans son cours, Poussa nouvelles ouailles ; Et, si fier qu’il soit, Paris s’aperçoit D’un lycée à Versailles ! Tout — c’est la règle sans écarts — Produit ses conséquences ! Un travail de dix mots trois quarts Amène vos vacances. Et zest ! jetant grec, Thème, algèbre avec, On part comme des cailles… Puis, octobre vient… Diantre !… on se souvient D’un lycée à Versailles ! Je rêve… qu’au fond d’un ravin Se livre un combat sombre… Un jeune officier lutte en vain, Héros contre le nombre… Un autre, tout cœur, L’arrache, en vainqueur, Au démon des batailles… Et soudain deux voix Disent à la fois : « Lycéens de Versailles ! » Un proviseur, deux aumôniers, Vingt professeurs qu’on aime ; Deux ou trois cents forts écoliers, Très-forts… pour les jeux même. Parfois maint régal Qui rend tout égal, Plaisirs, âges et tailles ; Puis, quelque couplet D’un ami… Tel est Un lycée… à Versailles ! Eh bien ! vous riant du destin Qui sépare ou rassemble, Au vénéré roi du festin Enfants, jurez ensemble, Oui, des amitiés Jurez à ses piés Les saintes fiançailles ; Et que, grands-papas, Vous n’oublierez pas Le lycée et Versailles !