Versos French Émile Nelligan La Passante

French poem

La Passante

by (1879–1941)

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Hier, j’ai vu passer, comme une ombre qu’on plaint, En un grand parc obscur, une femme voilée : Funèbre et singulière, elle s’en est allée, Recélant sa fierté sous son masque opalin.

Et rien que d’un regard, par ce soir cristallin, J’eus deviné bientôt sa douleur refoulée ; Puis elle disparut en quelque noire allée Propice au deuil profond dont son cœur était plein.

Ma jeunesse est pareille à la pauvre passante : Beaucoup la croiseront ici-bas dans la sente Où la vie à la tombe âprement nous conduit ;

Tous la verront passer, feuille sèche à la brise Qui tourbillonne, tombe et se fane en la nuit ; Mais nul ne l’aimera, nul ne l’aura comprise.