Versos French Emile Verhaeren Au Loin

French poem

Au Loin

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En de lourdes sonnantes bouées, Au long des plages de la mer, J’ai mis mon âme Sonnante, au long des plages de la mer.

Les navires cavalcadeurs — Sabords de cuivre et tillacs d’or — Mon âme, Au long des eaux qui vont au Nord, Battant son glas les accompagne, Mais reste, avec des liens de fer, Avec une ancre et des crampons de fer, Rivée, au long des plages de la mer.

Mon âme ! — Elle est aux sables de la mort ; Mon âme ! — Elle est roulée, elle est foulée, Elle est rongée et saccagée, Elle est, dans la tempête de la vie, Mangée aux sables de la mort.

Les navires cavalcadeurs Leur avant fier bouillant d’écumes, Tous pavillons comme des plumes, S’en vont vers les ailleurs, Là-bas, où des palais de glaciers d’or Réfléchissent, de haut en bas, La joie et l’essor fou des mâts Et des voiles, en leurs murailles blanches.

Mon âme ! elle est aux sables de la mort ; Mais ses désirs mal écrasés La fuient et se glissent, en ces vaisseaux, solennisés D’une royale et fougueuse armature, Qui passent, vers l’espace. Des marins roux chantent, dans la mâture, Le pont reluit ; toute vague soleille ; Et le tortil du pavillon, dans l’air,

Fouette la fragile merveille D’un jour de mai, parmi la mer.

Et mon âme connaît le pays clair, Où le silence est une joie Qui, dans l’argent et la neige, flamboie. Elle connaît, là-bas, la grotte en diadème, Belle de froid et de pendeloques de gel, Où le luxe des feux myriadaires est tel Qu’elle s’éblouit elle-même Et, dans son cœur, se satisfait. Et mon âme est celle qui sait Que le bonheur est dans le froid Dans le sommeil et le silence et croit Aux pays blancs et immobiles Posés — tels des marbres — sur les pôles tranquilles.

En de lourd-sonnantes bouées, Au long des façades et des monts de la mer, Sous des vagues et des vagues foulée, Mon âme enfle son glas, au long des sables de la mer.

Le phare à feux rouges du pays de la boue, Lorsque tombe le soir, secoue Comme un meurtre chevelu d’or, dans l’air, Alors, les crins de lumière battent mon âme Elle s’avive, une heure, au sang de cette flamme Puis retombe, lourde bouée, Vers les ténèbres, refoulée. Au long des plages de la mer, Mon âme ! — elle est clamante et gémissante.

Vous les Nixes, là-bas, aux ceintures de givre, De neige et de splendeur coiffées, Qui possédez ce don de vivre Claires, dans la stérilité ; reines et fées, Des lointaines et lucides Baltiques, Sous des ciels d’or lunaire, au Nord, Quand vous tiendrez, en vos pâles bras forts, Mes vieux désirs embarqués sur la mer, Épuisez-les, faites-les pierre et que leur sort, Après tant d’affres, soit enfin d’être des morts. Cœur contre cœur, cœur de gel, cœur de rêve, Pénétrez-vous, en vos noces de cristal blanc, Et que tous deux quand votre nuit s’achève Il vous reste la mort profonde, en votre flanc.

Car mon âme que le reflux saccage Et que les vaisseaux d’or frôlent, dans leur voyage, Veut bien pourrir, aux sables de sa plage, Mais sans ses désirs fous — en paix.