Versos French Emile Verhaeren Iii

French poem

Iii

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Brusques, sonnent au loin des tintements de cloche, Qui cassent du silence à coups de battant clair Par-dessus les hameaux, jetant à travers l'air Un long appel, qui long, parmi l'écho, ricoche.

Ils redisent que c'est le moment justicier Où les moines s'en vont au choeur chanter Ténèbres Et promener sur leurs consciences funèbres La froide cruauté de leurs regards d'acier.

Et les voici priant: tous ceux dont la journée S'est consumée au long hersage en pleins terreaux, Ceux dont l'esprit sur les textes préceptoraux S'épand, comme un reflet de lumière inclinée.

Ceux dont la solitude âpre et pâle a rendu L'âme voyante et dont la peau blême et collante Jette vers Dieu la voix de sa maigreur sanglante, Ceux dont les tourments noirs ont fait le corps tordu.

Et les moines qui sont rentrés aux monastères, Après visite faite aux malheureux des bourgs, Aux remueurs cassés de sols et de labours, Aux gueux chrétiens qui vont mourir, aux grabataires,

A leurs frères pieux disent, à lente voix, Qu'au dehors, quelque part, dans un coin de bruyère. Il est un moribond qui s'en va sans prière Et qu'il faut supplier, au choeur, le Christ en croix,

Pour qu'il soit pitoyable aux mendiants avides Qui, le ventile troué de faim, ne peuvent plus Se béquiller au loin vers les enclos feuillus Et qui se noient, la nuit, dans les étangs livides.

Et tous alors, tous les moines, très lentement, Envoient vers Dieu le chant des lentes litanies; Et les anges qui sont gardiens des agonies Ferment les yeux des morts, silencieusement.